Académicien, écrivain, ambassadeur, ministre, mais surtout au plus près des peuples victimes de dictature et d'occupation, Jean-François Deniau a disparu en 2007 (dans l'ombre de l'abbé Pierre). Voici un extrait de Survivre écrit en 2006:
" Il y a quelques années reprenant la tradition familiale de toujours, j'ai planté des vignes autour de la maison. Puis-je rappeler que le but de la vigne n'est pas de produire des raisins mais des pépins: autrement dit, la survie de l'espèce? (..) Conduire une vigne, c'est ainsi qu'on dit, est encore affaire de civilisation, c'est-à-dire qu'il faut que les contraires se complètent et ne s'opposent pas. En dehors du choix de l'assemblage des différents cépages (le mien est gamay de Touraine, pinot noir, cabernet), qui est une sorte de pari musical: qui va bien chanter avec qui, la vraie question est celle tout simplement de l'équilibre entre la terre et le ciel...La terre, c'est la force qui monte du sol, c'est le cep, c'est le bois. Le ciel, c'est le soleil et la lumière et par le feuillage, la transformation de cet autre énergie en raisin. Hauteur de la vigne, taille, engrais naturels, climats et saisons sont appelés de leur voix dans le choeur et jouer dans l'orchestre. Mais la clé, c'est toujours la question: trop de bois ou trop de feuilles? Trop de force qui monte, ou trop de force qui descend? " |